mardi 16 octobre 2012

9 octobre : seulement 475 kms jusqu’à Xi’an…


J’ai oublié hier soir de relever le compteur : 6250 kms parcourus en 19 jours (soit une moyenne de 329 kms par jour, pour le moment). L’étape d’aujourd’hui ne devrait pas faire baisser notre moyenne : j’apprends en effet au cours du petit déjeuner que nous allons à Xi’an – 475 kms d’ici –, (à côté de l’endroit où a été découverte en 1974 la célèbre armée des soldats de terre cuite du premier empereur de Chine, Qin Shi Huangdi). Nous avons déjà visité ce site et les environs en 1986, ou 1987, et, bien qu’il soit extraordinaire, nous ne souhaitions pas y retourner, préférant visiter des endroits que nous ne connaissions pas encore… Comme je m’étonne de ce revirement (je suis seule avec YZ à la table du petit déjeuner car JL s’est déjà éclipsé… avant de craquer), YZ commence à parler haut en s’énervant au motif qu’il fait tout cela pour nous, pour que nous soyons contents… etc. Excédée, je lui demande sèchement d’éviter d’élever la voix quand il me parle et je quitte la table… De toute façon, le petit déjeuner ne valait pas le déplacement !

Après un petit tour piéton sur le périf pour aller tirer du fric et une attente d’une bonne demie heure dans le hall de l’hôtel, nous retrouvons YZ et remontons une fois de plus en voiture, en route pour Xi’an où nous devons nous arrêter une nuit avant de partir vers Pingyao (où nous resterons deux ou trois nuits). Nous serons donc mercredi soir à Pékin (alors que notre billet de retour est prévu pour le dimanche : il va falloir s’occuper…) mais auparavant, broum… broum pour toute la journée. Premier objectif : trouver l’autoroute qui, manque de pot, est plus récente que le foutu GPS ; errance… Au bout d’une heure, nous y sommes et fonçons dans le brouillard, tout ragaillardis que nous sommes d’avoir enfin un objectif ! Il fait doux, gris et humide, et l’ambiance est morose dans l’habitacle. Pour m’occuper, je fais les comptes de la collectivité. Alors que je livre mes conclusions dont : « on n’a pas beaucoup dépensé en nourriture… », je me fais une fois de plus rembarrer par YZ qui estime que « c’est déjà pas mal » tandis que JL, qui fait mine d’opiner, déclare que « pourtant on n’a pas mangé du poisson tous les jours ! ». Tu parles : depuis le départ de nos compagnons, nous avons repris nos habitudes frugales ; sandwiches ou bol de nouilles, de préférence dans une station service ou sur un parking d’autoroute… Je me venge en affichant le montant des frais d’essence et de péage : pas très glorieux comme technique mais ça soulage !

Nous enchaînons les tunnels et les ponts qui, sur une centaine de kms, nous permettent de traverser la chaîne des montagnes Qinling, région magnifique de hauts sommets couverts de forêts dans lesquelles vivent à l’état sauvage les célèbres pandas.

 
Il fait lourd et humide (25 à 26°) ; la végétation luxuriante couvre les hautes collines au pied desquelles poussent le maïs et les piments. Des grappes de piments d’un rouge éclatant sont d’ailleurs suspendues sur les façades des petites maisons massées au bas des collines : nous savons pourquoi la cuisine du Sichuan est tellement épicée !


Les  tunnels sont tellement fréquents que JL se lance des défis photographiques : prendre deux tunnels successifs en une fois… Enfin, ce qui devait arriver arrive : nous voici englués dans un énorme embouteillage ; à l’entrée de l’un des 139 tunnels qui agrémentent notre route. Nous sommes rigoureusement immobiles, cernés de toutes parts par des véhicules divers qui se pressent sur trois files (dont une sur la bande d’arrêt d’urgence…) alors que le tunnel ne comporte que deux voies.
Nous ne sommes pas en reste et, à force de ruse, réussissons à nous faufiler jusque dans le tunnel quand nous sommes bloqués par une voiture arrêtée et désertée par ses occupants ! Quand, pour des raisons mystérieuses, tout ça se débloque, nous avons perdu un temps précieux ( !) et notre moyenne en a pris un vieux coup. Maintenant que la voie est ‘libre’, nous fonçons à toute allure, alignant les tunnels en slalomant entre les camions. Comme dit YZ, « personne ne respecte le code de la route ». « Ah bon ! », nous restons pantois d’admiration devant la finesse de l’analyse que nous livre… un spécialiste !


Bref, il est 17h15, la nuit commence à tomber, il nous reste 60 kms à parcourir et nous devons aussi trouver un hôtel (Xi’an est une petite bourgade qui ne comporte que quatre millions et demi d’habitants…). En fait, j’ai tort de persifler car, contre toute attente, tout se passe plutôt bien : YZ nous annonce qu’il a déjà réservé un hôtel, que celui-ci est en pleine ville (juste derrière la tour du Tambour qui est l’un des monuments les plus célèbres de Xi’an), etc. En deux temps et trois mouvements, nous y sommes… éberlués et muets.
 

La ville de Xi’an, qui fut longtemps le point d’aboutissement de la route de la soie, fut l’une des premières capitales de la Chine unifiée, et son cœur politique, jusqu’à son déclin à partir du 14ème siècle. La ville a gardé la forme rectangulaire et le quadrillage géométrique des rues qui caractérisaient l’ancienne capitale. La tour de la Cloche en marque le centre, d’où partent les principales avenues. Cette tour abritait à l’origine une énorme cloche que l’on sonnait à l’aube, tandis que la tour du Tambour servait à marquer la tombée de la nuit. Ces deux édifices, construits au 14ème siècle, ont été reconstruits au 18ème et constamment restaurés depuis, de façon à être aujourd’hui encore, flambants neufs… Nous sommes à un jet de pierre de la tour du Tambour, dans un hôtel situé en pleine ville, à deux pas du quartier musulman.
La communauté des Huis (Chinois musulmans) est avérée à Xi’an depuis le 7ème siècle et le quartier musulman est l’un des plus vivants de la ville. Nous allons manger dans ce quartier puis flânons un moment au milieu des échoppes : soirée détendue, sinon gastronomique…

 
Les premières gouttes de pluie tombent ; alors qu’YZ a décidé d’aller faire des photos de nuit.


En rentrant à l’hôtel, nous parlons un petit moment au téléphone avec Jeanne et Caro, puis allons nous coucher.  
 

vendredi 5 octobre 2012

8 Octobre 2011 : 450 kms à travers le Sichuan


Quand nous sortons de nos couettes, nous sommes saisis par la ‘fraîcheur’ de l’atmosphère ; et pour cause : il fait – 2°. Inutile de dire que notre toilette est des plus sommaires, à l’eau froide (Comme me le recommande à chaque fois YZ « t’aurais dû laisser couler… »). Après un petit déjeuner au resto d’en face, nous voilà partis… dans le brouillard. Alors que je prévoyais une nouvelle expérience de navigation (atteindre le col à 4000 m en doublant un camion dans un virage, en plein brouillard…), je suis déçue ( !) car nous sommes en fait rapidement au dessus des nuages ! C’est une véritable mer d’où émergent quelques sommets enneigés.

 
 
C’est devenu un rite : nous passons une fois de plus les 4000 mètres puis entamons la descente et, cette fois, nous pénétrons la couche de nuages (il fait frais et… humide). Après quelques minutes de familiarisation et une éclaircie toute relative, YZ reprend ses esprits et recommence à doubler dans les virages : chic. Nous repassons à toute allure devant le téléférique emprunté hier (3000 m d’altitude) et continuons notre descente en longeant un petit torrent.
Nous sommes entourés de hautes montagnes rocheuses couvertes de végétation multicolore, façon gorges du Verdon. C’est la rivière Xiaohe (ça veut dire petit fleuve) dans la vallée Dalyun (ça veut dire nuages rouges). Il n’y a pas beaucoup de circulation : une vraie chance car la route se rétrécit de plus en plus. Bref, la route n’est pas large, elle n’est pas droite, mais elle est longue… pour contrefaire les propos d’un politicien français qui a maintenant quitté le devant de la scène ! J’ajoute qu’elle est très belle. Nous traversons quelques villages, quelques cultures, essentiellement du maïs (parcelles minuscules perchées sur les flancs des collines). Insensiblement, la qualité de la route se dégrade : bref, nous retrouvons les petites routes étroites, défoncées et boueuses que nous affectionnons car la vitesse y est limitée… de fait. Il n’y qu’une route mais on s’arrête quand même « pour régler le GPS »… YZ nous informe qu’il reste 74 kms (pour arriver où ? mystère…). La campagne est couverte de maïs et d’ailleurs, la principale occupation des habitants tourne autour du maïs que l’on cueille, épluche, égrène et fait sécher un peu partout. Le fleuve qui serpente au fond de la vallée que nous longeons est de plus en plus gros. Les collines sont couvertes de végétation et quelques fermes sortent de la brume, environnées de terrasses cultivées où poussent essentiellement des légumes. L’ambiance est très humide et le ciel d’un gris uniforme.
Des femmes marchent sur la route, tout en tricotant : ça me rappelle Kunming, lors de notre premier voyage en Chine en 1985 ; de même que le mode de portage des petits enfants, sur le dos de leur mère dans des sortes de sacs à dos rigides en vannerie avec siège incorporé (je n’ai malheureusement pas de photos…). Cet article est d’ailleurs très populaire : qu’il s’agisse de transporter les enfants, le maïs, les briques, ou tout autre matériau utile à la vie quotidienne. Nous retrouvons le Sichuan que nous avons connu il y a 26 ans : sommets vertigineux couverts de végétation, brouillard humide, bananiers, grands bambous (c’est d’ailleurs la patrie des pandas…). Nous traversons maintenant la zone où a eu lieu en 2008 le tremblement de terre dont les traces sont encore visibles : routes défoncées, failles de terrain, travaux, etc.

Nous roulons depuis cinq heures et « on va peut-être faire une petite pause, si vous avez faim… ». Comme la route est étroite et sinueuse et qu’en plus, il n’y a aucun resto, ou bar, ou même station service à l’horizon, on continue, à l’aveuglette, jusqu’à trouver un coin de rue hospitalier où nous faisons l’attraction : nos amis – toujours prévoyants – ayant déballé force provisions sur l’abattant du coffre de leur Cherokee, chacun se restaure à sa façon. Ce repas exquis est bâclé en 10 minutes et hop, Fangio se recolle au volant et reprend la route… en somnolant. Heureusement la densité des travaux faisant que la circulation est la plupart du temps alternée, il est impossible de doubler : nous sommes donc coincés pendant une bonne vingtaine de kms derrière un sympathique bus du plus beau rose ; toujours ça de pris ! Nous roulons depuis une heure dans une banlieue sinistre jusqu’à trouver… l’autoroute sur laquelle nous nous engageons pour faire un bout de conduite à nos amis qui doivent reprendre la route de Pékin. Les adieux sont brefs et nous revoilà en petit comité, frais comme des roses pour entamer notre huitième heure de route : il paraît qu’il ne nous reste qu’une centaine de kms pour arriver on ne nous dit pas où !

YZ au volant lutte contre la somnolence qui le gagne : lui-même s’en rend compte, se tartinant de baume du tigre pour « se réveiller » dit-il… sans recevoir de commentaires. Nous apprenons que nous allons faire étape à Guangyuan en passant par Houba (hop, hop…). Vous ne connaissez pas Guangyuan ? Continuez : d’après mon guide ; c’est la ville qui accueille le plus grand centre de production de plutonium de la Chine, ce qui explique, toujours d’après ce guide (occidental : pouah !) que personne ne s’y arrête *… et bien nous, oui. Nous y serons – peut-être – vers 17 heures, ce qui ne nous fera tout bien considéré, que 9 heures de bagnole dans la journée.

* sauf, dans des temps très anciens, le poète Li Bai (701-762) qui a séjourné dans cette ville appelée à l’époque Shudao ou voie du Sichuan. Elle lui inspira d’ailleurs ces célèbres vers « Dure est la route de Shu, plus dure encore que la montée jusqu’au ciel azuré ». J’allais le dire !  Li Bai trouvait également son inspiration dans la boisson de l’alcool, comme il apparaît dans les quelques vers cités à la fin de ce message.

Les bords de l’autoroute sont plantés de bambous géants (je rappelle que c’est le domaine de prédilection des pandas. Toutefois, nous n’en apercevrons pas : il est rare en effet que ces bestioles se baladent sur, ou même à proximité des autoroutes). Le ciel est uniformément gris, le plafond est bas, et, pour tout dire, c’est un peu triste (surtout après la lumière éclatante des plateaux tibétains). YZ, au volant, téléphone en traçant à 100 à l’heure pendant que JL fait semblant de dormir et que je stresse à mort, cramponnée à mon bloc-notes. Nous doublons tous les camions qui se présentent à nous, par la gauche ou par la droite, c’est selon, et même dans les tunnels, mais ça, c’est la routine… YZ somnole, le pied au plancher. Heureusement, son téléphone n’arrête pas de sonner et j’espère que ça le tient éveillé… Une voiture de police nous double : espoir déçu ; elle ne nous arrête pas. Après une cinquantaine de kilomètres d’autant plus cauchemardesques que le brouillard s’est épaissi, que les camions sont de plus en plus gros, que le téléphone est de plus en plus envahissant, nous arrivons enfin au péage. Il est 17 heures 10, on nous réclame 68 yuans (8 € à peu près) et je trouve que ce n’est pas cher payé pour le soulagement que je ressens !

Reste à trouver un hôtel. Rien de plus facile : en empruntant le périphérique qui traverse la zone industrielle, nous avons toutes les chances de tomber sur un petit bijou et bingo… nous voilà dans un hôtel clinquant, typique des parvenus qui roulent en 4x4 sur l’autoroute et les trottoirs…
 



YZ, fatigué, déclare qu’il n’a pas faim et qu’il va juste se faire une tisane en surfant sur internet… Nous mettons le nez dehors, sortons du parking gardé de l’hôtel et nous retrouvons sur un boulevard (4 voies dans chaque sens…) que nous traversons à grand peine pour atteindre la mini-épicerie dans laquelle nous trouvons de quoi faire un festin (cacahuètes, gâteaux secs et cochonneries en tout genre ; un vrai bonheur). Une fois dans la chambre, j’observe la circulation depuis le balcon, en prise directe sur le périf : le temps de fumer une cigarette, je dénombre 2 mobs pétaradantes, 1 camion manifestement égaré et douze 4x4. Ecœurée, je tire les rideaux et vais prendre une douche. En conjuguant nos efforts, nous réussissons à maîtriser les nombreux boutons électriques ainsi que les innombrables robinets de la salle de bains dont certains (soyons objectifs) crachent même de l’eau chaude ! Bref, nous parvenons à nous laver sans nous ébouillanter et sans nous briser les os en glissant sur le sol de marbre très casse-gueule de la salle de bains. Reste le problème électrique : parmi quatre sortes de prises à notre disposition, une seule accueille le sèche-cheveux (fourni). Manque de pot, le fil est trop court pour que l’on puisse à la fois brancher l’appareil et se voir dans le miroir.

Un petit moment de détente et d’émotion cependant quand nous appelons les enfants ; on bavarde un peu et Adrien nous interprète « au clair de la lune » au piano.  A demain, quand vous aurez médité ces quelques vers du poète Li Bai, qui trouvait également son inspiration dans la boisson de l’alcool, comme vous pouvez le voir.
 

Un jour de printemps, 
le poète exprime ses sentiments au sortir de l’ivresse


Si la vie est comme un grand songe,
A quoi bon tourmenter son existence !
Pour moi je m’enivre tout le jour,
Et quand je viens à chanceler, je m’endors au pied des premières colonnes.
A mon réveil je jette les yeux devant moi :
Un oiseau chante au milieu des fleurs ;
Je lui demande à quelle époque de l’année nous sommes.
Il me répond : A l’époque où le souffle du printemps fait chanter l’oiseau.
Je me sens ému et prêt à soupirer,
Mais je me verse encore à boire ;
Je chante à haute voix jusqu’à ce que la lune brille,
Et à l’heure où finissent mes chants, j’ai de nouveau perdu le sentiment de ce qui m’entoure.


Chanson à boire


Seigneur, ne voyez-vous donc point les eaux du fleuve Jaune ?
Elles descendent du ciel et coulent vers la mer sans jamais revenir .
Seigneur, ne regardez-vous donc point dans les miroirs qui ornent votre noble demeure,
Et ne gémissez-vous pas en apercevant vos cheveux blancs ?
Ils étaient ce matin comme les fils de soie noire,
Et, ce soir, les voilà déjà mêlés de neige.
L’homme qui sait comprendre la vie doit se réjouir chaque fois qu’il le peut,
En ayant soin que jamais sa tasse ne reste vide en face de la lune.
Le ciel ne m’a rien donné sans vouloir que j’en fasse usage ;
Mille pièces d’or que l’on disperse pourront de nouveau se réunir.
Que l’on cuise donc un mouton, que l’on découpe un bœuf, et qu’on soit en joie ;
Il faut qu’ensemble aujourd’hui, nous buvions d’une seule fois trois cents tasses.
Les clochettes et les tambours, la recherche dans les mets ne sont point choses nécessaires,
Ne désirons qu’une longue ivresse, mais si longue qu’on n’en puisse sortir.
Les savants et les sages de l’Antiquité n’ont eu que le silence et l’oubli pour partage ;
Il n’est vraiment que les buveurs dont le nom passe à la postérité.

Détail piquant :
D’après la légende, Li Bai est mort alors que, ivre sur un bateau, il tentait d’attraper le reflet de la lune dans l'eau... Réfléchissez avant de vous resservir un petit verre...

 


 


 

Je

samedi 29 septembre 2012

7 Octobre : de Jiuzhaigou à Chuanzhusi, via Huanglong


Aujourd’hui, nous devons aller passer la nuit à Chuanzhusi, d’où RM doit prendre l’avion demain matin aux petites heures, pour rentrer à Pékin où son travail l’appelle après cette escapade. Entre temps, nous irons visiter un autre parc, Huanglong, plus petit que Jiuzhaigou mais cependant très spectaculaire et qui, comme le dit le guide « mérite la visite si vous en avez les moyens… ». Au diable l’avarice : nous n’avons pas fait 5000 kms pour mégoter et nous ne serons pas déçus comme vous pourrez le voir sur les photos.

Quand nous quittons l’hôtel de Jiuzhaigou, nous nous engageons sur la route que nous avons empruntée avant-hier soir dans la nuit noire. Cette fois, nous profitons du magnifique paysage de montagne, de la route en lacets, etc., et frissonnons rétrospectivement… en pleine lumière avec le sentiment d’être un peu des miraculés ! Il fait un temps splendide : ciel bleu intense, soleil éclatant, 6 degrés (JL tient à préciser Celsius : ce sera sa contribution à ce message). Nous bavardons calmement et, devant la conduite ‘sportive’ (je suis polie) de l’entourage, j’interroge YZ sur les modalités d’attribution du permis de conduire : en vraie grandeur sur route, ou sur un circuit ad hoc ? La réponse n’est pas très claire mais je crois comprendre qu’il est possible d’obtenir le diplôme en conduisant sur un circuit, pendant que l’examinateur se tient prudemment sur le trottoir d’où il observe le comportement des candidats ! Nous avons d’ailleurs vu, il y a quelques jours, une scène de ce genre se dérouler en plein champ. Une question : les étrangers, qui ne peuvent conduire en Chine que s’ils sont titulaires du permis chinois, doivent-ils se livrer à cette mascarade ou ‘bénéficient-ils’ d’une procédure et/ou d’un tarif spécial ?

Nous montons ainsi pendant une heure et demie, jusqu’à atteindre le plateau : la végétation est quasi inexistante ; nous sommes entourés de pics qui culminent à 5800 mètres ; et au loin, en troisième plan, se profilent des sommets enneigés.  C’est vraiment impressionnant.

Nous faisons une brève halte à Chuanzhusi afin d’y trouver un hôtel pour la nuit prochaine. Le choix est limité, le confort spartiate (ni chauffage ni eau chaude mais un monceau de couettes sur les lits : nous sommes à 3000 mètres d’altitude), mais au moins on y admet les étrangers pour le même prix (modique) ! Nous affichons une grande sérénité, d’autant plus grande que RM et surtout SR tirent la gueule…
Sur la route de Huanglong, nous faisons un petit arrêt à 3880 mètres d’altitude, montons à pieds jusqu’à 4005 mètres et, ayant constaté que nous sommes toujours vivants – bien qu’un peu essoufflés – à cette altitude, nous redescendons… et reprenons la voiture, en direction du parc national. Arrivés à destination, une urgence : il faut vite aller manger car il est déjà 11h30 et SR s’impatiente…
 
Après cette halte gastronomique, achat de tickets (réduction sénior accordée aux deux petits vieux sur présentation du passeport), minibus, téléphérique, et nous voici à pied d’œuvre, c’est-à dire en haut des escaliers qui, ici aussi, agrémentent la balade…

Nous faisons tout d’abord une grande boucle dans un sous-bois, éblouis par la beauté des sites que nous découvrons : reliefs étonnants, cascades, lacs étincelants, végétation multicolore, etc. Regardez donc les photos !









 

Nous faisons des haltes assez fréquentes mais sans jamais quand même utiliser les bouteilles d’oxygène prévues dans les petits chalets de repos qui bordent les chemins, pardon, les escaliers…
 
Les articulations souffrent un peu aussi mais la beauté du site vaut bien un petit effort.



 

 
A propos d’effort, nous croisons des porteurs qui n’ont pas le loisir d’admirer le paysage tant ils sont chargés, transportant sur leur dos des matériaux de construction (poutres, briques, etc.) en quantité incroyable. Nous apprendrons plus tard qu’ils sont payés au poids transporté : 0,7 yuan (soit environ 7 centimes d’euro) par kilo de marchandise transportée sur la totalité du trajet (ils font au maximum deux trajets par jour…). La curiosité des touristes à leur endroit (certains les prennent en photo sur fond de paysage…) est assez obscène et illustre bien la sauvagerie du système économique de la Chine moderne.

Mais il nous faut maintenant retrouver notre port d’attache : nous repassons le col à 4000 m (une routine maintenant) et roulons plein Ouest (le soleil en pleine face donc, ce qui rend la conduite encore plus intéressante !) vers notre petit hôtel glacial.

Au cours d’un diner rapide, mais délicieux, nos organisateurs planifient la suite du voyage. La seule question qui nous est posée est de savoir « à quelle heure nous voulons partir demain matin ? ». Quand je dis que nous aurions préféré qu’on nous demande « où ? », on me fait juste remarquer qu’il est temps de rentrer car « nous sommes partis depuis 17 jours… ». Ne comprenant pas bien la logique de la réponse, nous déclarons que nous allons nous coucher (il est 20 heures) de façon à être en pleine forme tôt le matin… Ambiance !

Quand nous arrivons dans notre chambre, il fait plutôt frais… Il est 20 heures 30, nous nous blottissons sous un monceau de couettes, et buvons une rasade de Jack Daniels (au goulot par souci d’hygiène car les verres sont vraiment trop dégueux…) avant de nous endormir. Nous avons quand même une petite pensée peu charitable pour nos camarades qui sont logés à la même enseigne, le Jack Daniels en moins cependant.   
 

jeudi 27 septembre 2012

6 Octobre 2011 : dans la réserve de Jiuzhaigou


Ce matin : vacances ! Nous avons décidé d’aller, par nos propres moyens, visiter la réserve naturelle de Jiuzhaigou). Il nous faut d’abord nous orienter car nous sommes arrivés de nuit dans cet hôtel et manquons totalement de points de repère. En fait, nous sommes dans une sorte de ghetto pour touristes : hôtels, restaurants, boutiques, etc. Ayant trouvé assez vite une carte, de l’eau et de quoi pique-niquer, nous nous rendons sur la route avec l’intention de prendre un taxi jusqu’à l’entrée du site (que nous évaluons à 5-10 km). Un couple de jeunes australiens attend déjà et ils acceptent tout de suite de partager le taxi qui ne tarde pas à arriver. Moins d’un quart d’heure plus tard, nous voilà à pied d’œuvre, sur un parking gigantesque et face à une rangée impressionnante de postes de contrôle des tickets d’entrée.

Un grand nombre de bus électriques du plus beau vert circulent sans relâche à l’intérieur du parc, s’arrêtant dans les refuges prévus à partir desquels on peut emprunter les sentiers – en fait des passerelles de bois et/ou des escaliers (de bois aussi) – qu’il est hors de question de quitter pour aller batifoler, ou même seulement marcher, dans les sous bois : nous sommes dans un site naturel dont il convient de préserver le moindre brin d’herbe. Comme nous y sommes nombreux (des hordes que JL a pris un malin plaisir à photographier pour vous donner une idée de la fréquentation et de son organisation), il est déconseillé, et de toute façon quasi-impossible, de s’échapper du troupeau !
 

 
 

  
Ceux de nos amis randonneurs (Marc, Julie, Marie-Thérèse…) qui affectionnent les sentiers déserts, isolés et sauvages sont prévenus !   


Aux endroits stratégiques, des plates-formes sont prévues pour admirer le paysage mais surtout pour que chacun puisse prendre en photo sa petite amie posée langoureusement sur la barrière de protection, ou déguisée en costume de la Chine impériale. Il est très difficile d’approcher de cette barrière juste pour regarder le paysage ou alors, il faut jouer des coudes, à la chinoise ! 

Jiuzhaigou, qui signifie ‘ravin aux neuf villages’, doit son nom aux neuf villages tibétains Baima disséminés dans la région. Le site accueille chaque année plus d’un million et demi de visiteurs qui se pressent à bord des navettes, le long des sentiers aménagés et sur les sites les plus spectaculaires. La plupart des habitants ont été contraints de déménager ‘afin de protéger le parc’. Les rares tibétains qui habitent dans l’enceinte du parc (à l’écart des chemins balisés…) y exercent des ‘petits boulots’ (location de costumes pour se faire prendre en photo, par exemple) : la véritable raison de leur présence étant de sauver les apparences en entretenant l’illusion d’une vie locale.

D’après la légende, le site de Jiuzhaigou est issu de la chute d’un miroir magique qui, en tombant sur le sol, se brisa en 118 morceaux formant les lacs turquoises étincelants qui parsèment la forêt. A cette période de l’année, c’est un festival de couleurs : bleu des lacs et des cascades, couleurs mordorées de la végétation, blanc éblouissant des sommets enneigés qui surplombent le tout. Ne boudons pas notre plaisir : on peut assez facilement faire abstraction de la foule pour admirer cette merveille (site classé en 1992 au Patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO ; à juste titre).

 




Nous avons passé la journée dans le parc, avons pique-niqué dans un sous bois relativement peu fréquenté, et arpenté nombre de « sentiers » et d’escaliers, en longeant divers plans d’eau au bord desquels nous avons fait quelques rencontres : en particulier ce couple de chinois et leur fille originaires de Ha’erbin (ville située dans la partie nord de l’ex Mandchourie : frontière avec la Russie au nord est et la Mongolie intérieure au nord ouest). Ils sont venus discuter avec nous, nous invitant à leur rendre visite, et nous racontant en particulier qu’ils étaient venus en France au festival de Cannes ! Notre rencontre s’est terminée par l’inévitable séance de photos…
 
 







 

Après une brève visite du musée installé à l’entrée du site, nous nous mettons en quête d’un taxi pour retourner à l’hôtel. C’est beaucoup plus compliqué qu’à l’aller car des policiers zélés mais inefficaces tentent de mettre un peu d’ordre dans les diverses queues qui stagnent sur le parking. Finalement, on ne s’en sort qu’en appliquant la bonne vieille méthode : un mépris total de l’ordre d’arrivée des clients et quelques coups de coude bien appliqués aux concurrents pour s’imposer. Au bout de dix minutes, c’est réglé.

 

Nous sommes ravis de notre journée et accueillons gentiment YZ qui vient prendre de nos nouvelles et nous annoncer qu’ils ont fait une super visite du site (dont nous revenons à l’instant…), qu’ils vont prendre un peu de repos et ensuite aller dîner (avec nous si nous ne sommes pas trop fatigués !). Précision importante : c’est SR (qu’entre nous nous appelons Peggy) qui régale !

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Quand nous arrivons au resto, c’est le branle bas de combat : nos compagnons meurent de faim. D’ailleurs, SR ne peut plus attendre : avant toute chose, elle sort de sa besace un grand pot de yaourt (lait de yack : beurk !) qu’il nous faut ingurgiter (je m’en dispense…). Pour faire la distribution, elle est allée d’autorité chercher des bols dans la cuisine où elle se comporte en terrain conquis… sous le regard goguenard des serveurs et du patron.
Tout en lapant son yaourt, elle expertise la carte… La commande prend alors des allures de surenchère : rien n’étant trop beau pour sceller l’unité retrouvée du groupe, SR et RM, en femmes de tête, prennent les choses en main, et commandent à tout va le plus possible de plats que le patron note placidement. La liste en est déjà bien longue quand, tout à coup, SR s’avise en apercevant l’aquarium qui occupe le mur du fond du resto que, malheur, elle n’a pas commandé de poisson ! Elle apostrophe un serveur qui est mis en demeure de réparer au plus vite cette négligence, pour ne pas dire cette faute de goût ! C’est alors que se produit la catastrophe : le poisson que vient de pêcher le serveur se débat tant et tant qu’il échappe aux mains du gars et finit par atterrir sur le pavé quelque peu graisseux du resto où il continue à se contorsionner sous l’œil narquois de plusieurs témoins (qui préfèrent garder l’anonymat) et les vociférations de SR qui exige qu’on lui en pêche un autre ! Là dessus, nous cessons de nous intéresser au sort de ce malheureux poisson car nos plats – délicieux et abondants – arrivent. On se régale, sauf YZ qui n’aime pas le piment, au contraire de ses amis… Enfin, en guise de dessert, le poisson tant attendu arrive. C’est plutôt une soupe, délicieuse d’ailleurs, où surnagent des légumes, du piment, des champignons, et ‘of course’, quelques bribes de poisson… A vrai dire, plus personne n’a faim et c’est bien suffisant… Nous nous apprêtons donc à quitter les lieux (les chinois ne traînent pas à table) sans tarder quand SR s’empare de l’addition, comme prévu. Tout d’abord, elle s’étouffe et reste sans voix. Ce répit n’est que de courte durée et elle reprend vite ses esprits et sa véhémence au vu de l’addition, et plus particulièrement du prix qui lui est facturé pour ce foutu poisson qui se paye (cher !) au poids, ce dont elle ne s’était pas souciée, occupée qu’elle était à mettre de l’ordre dans la cuisine puis à se goinfrer à table… L’ambiance se détériore rapidement en même temps que le ton monte et que les clients prennent parti dans la discussion : Y avait-il vraiment un kilo de poisson ? Est-il normal que cette seule soupe représente la moitié de l’addition ? Doit-on, en plus payer les bols de riz ? Etc. Les trois hommes s’esquivent dignement, laissant à SR et RM le soin de régler ces problèmes d’intendance… La discussion se poursuit, à grand fracas, jusque sur le trottoir, surtout quand JL et moi proposons benoîtement (et en toute hypocrisie) de régler une partie de l’addition ! Suggestion refusée, à l’unanimité : pas question pour SR de perdre la face (surtout devant des étrangers) ; en plus ce n’est pas une question d’argent mais de principe ; bref, un vrai bon moment qui nous console de bien des humiliations !
N.B. Cette scène d'anthologie n'a pas fait l'objet de photos... Soyez imaginatifs !

Et maintenant, au lit et à demain pour de nouvelles aventures.

Et hop, c'est reparti...

Bonjour à tous,
Il y a exactement six mois que je vous ai laissés en plan dans le compte-rendu de nos aventures. Je reprends aujourd'hui car il n'est pas très bon d'abandonner une thérapie sans en tirer de conclusions... et pas très élégant non plus de laisser nos lecteurs assidus sur leur faim. Je vais donc, sans plus vous faire languir, vous livrer la suite de notre voyage.
Nous sommes donc le 6 Octobre, et nous venons d'arriver à Jiuzhaigou, après une étape longue et éprouvante, surtout pour les nerfs.